Traduction-

“Marcheur sur sa lune”

J’ai besoin, pour te décrire,
De ce qui te garde sous son regard !
Et d’un nuage d’amour pour t’abreuver de sa pluie…

J’ai besoin d’ouvrir de nouveaux rivages, dans ma langue,
Un « poème » pour lire ce qu’il dissimule dans ses pensées.

J’ai apporté la côte orientale, portée par
Une mer de fierté, et une couronne de gloire faite de perles…
Et j’ai emporté des “Aurès” ce qu’ont porté
Les voix du vent, frappant sur sa pierre !

Et ce que les demeures du silence ont contenu, d’endurance,
Et ce que la main de l’Histoire écrit, de ses mémoires,
Ce qui s’est manifesté sur le miroir d’une mémoire
Où le cœur scrute les pas de son propre regard !

En moi vit un martyr, car l’encre vient de son sang,
En moi vit ton amour, car la poésie est faite de tes images,
Et en moi vit un enfant, qui marchera plein d’ardeur
Sur ta terre, remontant les traces de son destin !
Ô signe de beauté dans mes yeux, je la vois,
Telle une lumière, et de mes lèvres elle est récitée dans son sillage.
Par le langage du palmier, je proclame la fierté, altière !
Depuis le début de la patience, jusqu’au bout de sa victoire…
Tandis que tu t’avances vers l’horizon, balayant
Le mépris au-dessus des vallées de son déclin !
“Algérie” de la gloire, quelque chose de toi s’échappe de ma bouche
Chaque fois que je secoue la patience à travers ses leçons.
Tu es une lumière d’inspiration qui me transporte
D’une larme à une autre, au fil de son voyage…
Et chaque fois que je choisis de courir vers toi
Sur les pas de l’Hymne, le silence frissonne sur sa corde !
Une blessure nous saigne encore au cœur de Gaza, et je ne vois
Que toi pour guérir cette plaie de ses dangers !
C’est de toi que les âmes libres ont pris exemple, lorsque, est apparue
L’histoire de ta victoire, marchant fièrement sur sa lune….

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“Marcheur sur sa lune” : De la solitude du poète à l’horizon du monde. Lecture et traduction du poème de Ahlem Ben Drihem

Ce poème est une œuvre remarquable qui réussit à mélanger les sentiments personnels et la grande Histoire. Pour bien comprendre sa valeur, nous allons l’analyser à travers ses forces (le côté positif) et ses risques (le côté négatif).

La plus grande force de ce poème réside dans sa construction. Le poème est construit comme un voyage qui commence tout petit (dans la tête du poète) et qui finit très grand (à l’échelle du monde).

Ce mouvement se passe en trois étapes bien précises :

  • Le point de départ (L’introspection intime) :

Au tout début, le poète est seul avec sa feuille blanche. Il regarde à l’intérieur de lui-même (c’est cela l’introspection). Il parle de ses sentiments personnels, de son amour et de sa difficulté à trouver les bons mots pour décrire ce qu’il ressent (« J’ai besoin, pour te décrire… »).

  • L’étape intermédiaire (L’histoire de son pays) :

Petit à petit, le poète sort de sa bulle. Il commence à parler de l’Algérie, des martyrs, de l’histoire et des paysages qui l’entourent (comme les Aurès ou la côte orientale). Le poème s’élargit : on passe d’un homme seul à tout un peuple.

  • Le point d’arrivée (La portée géopolitique universelle) :

À la fin, le poème dépasse complètement les frontières de l’Algérie pour parler de Gaza et de la liberté des peuples en général. C’est là que le poème devient géopolitique (il parle des relations et des luttes entre les pays) et universel (il s’adresse à toute l’humanité, à toutes les « âmes libres»).

En résumé, c’est un zoom arrière : le poète commence par filmer son propre cœur, puis il élargit l’image à son pays, pour enfin filmer la Terre entière.

Le poème utilise des images très classiques, parfois déjà vues dans la poésie patriotique arabe (le sang des martyrs, les palmiers, les larmes).

En réalité, ce qui ressemble à un cliché est dans ce cas une force. Le poète utilise ces mots car ils parlent immédiatement au cœur et à la mémoire collective des gens. Le cliché s’efface pour devenir un symbole noble et respecté.

Des expressions comme « marchant sur sa lune » ou « le silence frissonne sur sa corde » sont très abstraites. Cela crée un certain hermétisme (le caractère d’un texte qui est difficile à comprendre, comme s’il était fermé à clé).

Certains lecteurs peuvent se sentir perdus. C’est justement cette part de mystère qui fait la vraie poésie. Si un texte est trop simple ou trop direct, il ressemble à un article de journal. Ces images mystérieuses forcent notre imagination à travailler et à rêver.

Cependant, l’apparition soudaine de Gaza à la fin crée une rupture esthétique. On passe brusquement d’un texte très artistique et poétique à un message plus politique et militant. Cela peut casser le rythme de la lecture.

À l’inverse, cette cassure montre que le poète refuse de rester caché dans sa bulle de douceur. Pour lui, la poésie doit servir à quelque chose de grand : elle doit dénoncer les injustices et panser les blessures du monde réel.

Conclusion

Ce poème est une belle réussite. Grâce à son mouvement en “zoom arrière”, il réussit l’exploit de lier la solitude de l’écrivain à la souffrance et à la gloire du monde entier. Ses petits défauts apparents (les images parfois difficiles ou un peu classiques) sont largement compensés par sa sincérité et sa force émotionnelle.